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L'hypocrisie du vivre ensemble

Les limites de la cohésion nationale


Par | Lundi 8 Août 2016 | Lu 1014 fois | 0 Commentaire

Brazzaville, (Starducongo.com) - Le tribalisme détruit la cohésion sociale et l’identité nationale qui sont des ferments du progrès d’une société et du développement d’un pays.



L'hypocrisie du vivre ensemble
Il est facile d’observer dans le contexte social et politique actuel du Congo Brazzaville des relents de tribalisme, les odeurs fétides de ce fléau qui rend sourds, muets et aveugles même l’élite politique et universitaire censée montrer l’exemple de la correction et du civisme.
Le Révérend Pasteur Moukala Édouard aurait été élu président de l'Église évangélique du Congo. Si cela se confirme, tout en le félicitant, on peut relancer le débat qui est dans tous les esprits mais que personne ne veut traiter, à savoir : Pourquoi jamais un nordiste n'a dirigé la plus puissante des Églises protestantes du Congo, l'EEC ? Les bakongo seraient-ils le peuple élu ?

Ce débat a commencé il y a une trentaine d'années déjà et ne concerne pas que les protestants mais bien toutes les grandes confessions religieuses institutionnalisées du pays. Les salutistes, les kimbanguistes ainsi que les catholiques, tous des dominions bakongo.
Excédé de la volonté manifeste des autorités religieuses de ne faire aucun effort en cela, le régime du mono avec le PCT (dominion nordiste, appelons un chat un chat) avait alors financé les premières églises de réveil pour créer une sorte de rapport de force ou de contrepouvoir religieux. C'est ainsi qu'apparait la Mission du cèdre par exemple de William Yoka Nguedit etc..., et dans ce contexte aussi que mama Olangi est appelée en renfort à coup de centaines de millions. Les nordistes sont détachés des églises traditionnelles ou classiques pour animer ces "nouveaux dieux".

Aujourd’hui encore les églises de réveil se sont répandues comme une traînée de poudre en zone nord du pays et de Brazzaville la capitale, tandis que leur présence dans la zone sud ou auprès des sudistes tout court reste anecdotique.
Au moment de l'élection du Pasteur Patrice N’souami à la tête de L'EEC il y a une dizaine d'année, le pouvoir avait mené des complots extraordinaires pour que ce soit un homme du Nord qui soit élu. Échec total et L'Eglise Evangélique du Congo était au bord de l'implosion.
Au fond personne ne voulait du Pasteur Patrice N’souami qui fut élu de manière transitoire dans l'esprit de beaucoup et par compromis. On entendait les grands pontes du consistoire sortir de leur siège du marché Total en soufflant avec des gémissements à peine étouffés que "l'essentiel est que c'est resté au sud". Pauvres fidèles.
Les problèmes du Congo Brazzaville sont profonds. Les autorités religieuses et morales sont profondément politisées et tribalisées je crains que ne continue cette hypocrisie généralisée d'une unité nationale chantée à tue tête comme un slogan ou une simple tournure de style.
Du côté de l'Église catholique (lari de chef en chef) ce n'est apparemment pas le Vatican qui leur fera la leçon, lui même qui depuis Adrien IV n'eut que des papes italiens durant 400 ans, jusqu'à Jean Paul Il.
C'est à nous de voir si nous continuons dans cette hypocrisie ou bien si nous acceptons un jour de prendre le taureau par les cornes et de régler les vraies mésententes sociologiques qui ruinent nos efforts de cohésion et de prospérité.
Les générations passent et ce pourrissement ethnique, ce tribalisme fétide ne change pas, les intellectuels ne veulent pas aborder le sujet par peur d’être incompris sans doute, les hommes politiques qui souhaitent ratisser large sans jamais y parvenir tombent dans des formules éculées sans convaincre qui que ce soit.
Aucun pays africain n'y arrive, excepté peut être l'Afrique du sud où dans une certaine mesure macro ethnique blancs, noirs, métis, indien) des équilibres juridiques ont été trouvés, mais à l'intérieur de chaque groupe c’est encore la guerre larvée.
Le Président Nelson Mandela fut obligé de laisser le pouvoir à un xhosa comme lui, écartant les zulus majoritaires. Il y a aussi le Sénégal qui n'a jamais connu le tribalisme. Si non pour le reste du continent, c'est la même hypocrisie. Et je ne crois pas que la démocratie réglera cette question car le pouvoir de la majorité fera qu'un groupe nombreux fixé par la nature risque de continuer çe qu'on reproche à une minorité aujourd'hui. C’est le problème au Rwanda avec les hutus élu. C’est un complexe psychologue grave que nous portons.
Le tribalisme, comme sentiment d’appartenance à une tribu, c’est à dire à un groupement humain ayant en partage une même culture fondée essentiellement sur la langue, est un phénomène culturel régulier, tout à fait normal. Il traduit en chaque homme la conscience de l’identité qu’il porte et des devoirs culturels et moraux liés à cette identité. Du strict point de vue où il concourt à l’affirmation d’une identité culturelle, le tribalisme n’est en rien un vice, une tare.
Le tribalisme devient un danger quand on valorise son identité propre, sa tribu ou son ethnie au détriment de celles des autres. Ces cultures font de chacun de nous ce que nous sommes dans notre singularité au-delà de l’humaine condition. Se célébrer ou célébrer sa culture ne doit pas conduire nécessairement à décrédibiliser la culture de l’autre. Bien souvent, c’est en valorisant la culture de l’autre qu’on met en valeur sa propre culture.
Dans la plupart des cas, on assiste à des situations où l’affirmation de soi passe, chez de très nombreuses personnes, par la négation de l’autre. La volonté de puissance pousse à la domination de l’autre ou, pire encore, à son mépris. Alors, on tombe dans le piège du tribalisme fétide.

Sur un plan politique la répartition des principaux postes et des richesses du pays alterne entre les gens issus du même clan que le chef. On maquille la pratique en bouchant quelques trous avec des noms empruntés à d’autres tribus pour se donner bonne conscience et donner l’impression d’un semblant d’unité nationale.
Institué dans les mœurs, le tribalisme débouche sur des situations où ces mêmes postes quasiment kidnappés ne reviennent qu’aux mêmes. Pire, ils peuvent être gelés dans l’attente des seules personnes autorisées à y exercer. Cette forme de tribalisme sévit en Afrique et le Congo Brazzaville y figure en très bonne place. Il prime sur l’intérêt national et freine le développement du pays bien plus que le Doing Business
Lorsque les ralliements politiques se font sur la base de la commune appartenance linguistique, par-delà les programmes et les principes idéologiques (s’il en existe vraiment) cela ne peut avoir d’autre nom que le tribalisme.
Lorsque l’adhésion à un parti politique se fait par référence au seul critère de l’origine socioculturelle ou provinciale, cela ne peut avoir d’autre nom que le tribalisme.
Lorsque l’on dénie une compétence avérée à un compatriote d’une ethnie autre que celle à laquelle on appartient (c’est le cas pour Alain Mabanckou), cela ne peut avoir d’autre nom que le tribalisme.
Lorsqu’on prête à l’auteur d’un article des intentions qu’il n’a pas, ou des propos qui ne sont pas les siens simplement parce qu’on le soupçonne (sans preuve de surcroit) d’être d’une autre tribu ou ethnie, cela ne peut avoir d’autre nom que le tribalisme…

Patrick Eric Mampouya
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