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La survie du pouvoir de Brazzaville est-elle liée à Alain Mabanckou ?


Par | Mercredi 1 Juin 2016 | Lu 6471 fois | 0 Commentaire

France, (Starducongo.com) - Depuis que l’éminent poète et romancier Alain Mabanckou s’est exprimé sur « un processus électoral qui n’a rien à voir avec la démocratie, demandant à François Hollande de s’exprimer », plusieurs membres du gouvernement congolais sont sortis du bois dans une rhétorique que l’on pourrait qualifier de lynchage. Alain Mabanckou, un humaniste inspiré, qui a fait de la magie des mots un moyen de lutter et de défendre un idéal, est accusé « d’allégeance au colonisateur de ses ancêtres», et qualifié « de traître », « d’avoir vendu son âme » et « d’avoir renié le Congo ».



La survie du pouvoir de Brazzaville est-elle liée à Alain Mabanckou ?
Nelson Mandela a dit : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde ».
L’absence d’éducation, de morale et de dignité sont à notre avis les raisons qui ont conduit ces prétendus commis de l’Etat à s’exprimer avec ce degré sans précédent d’ignorance. L’obscurité ne peut chasser l’obscurité.
Après ses études de droit en France, Alain Mabanckou est allé enseigner durant 13 ans aux Etats-Unis. L’enseignement aux Etats-Unis lui a été proposé par les Américains eux-mêmes. Il a enseigné d’abord à l’université du Michigan et à partir de 2007, il est devenu professeur titulaire à l’université de Californie à Los Angeles. Il est de ce fait fonctionnaire de l’Etat de Californie.

Le 25 novembre 2015, il reçoit un message du philosophe Antoine Compagnon lui annonçant sa nomination au poste de professeur dans la chaire de création artistique au collège de France. Il est le premier écrivain à être nommé dans ce prestigieux collège fondé il y a cinq siècles en 1530 par François 1er. Par cette nomination, l’assemblée des professeurs a souhaité mettre en avant, la création et le talent littéraire et donner la place qu’elles méritent, aux études africaines pour être au premier rang dans la réflexion sur des cultures qui marqueront le siècle qui commence. Le 17 mars 2016, Alain Mabanckou prononce dans un amphithéâtre plein, sa première leçon inaugurale en l’absence des hautes autorités du Congo.

Alain Mabanckou a beaucoup travaillé, il s’est créé lui-même à la force de son talent, de son génie, de sa créativité et de son imagination. En 2006, il remporte avec « Mémoire de porc-épic » le prix Renaudot qui le révèle au monde entier. Mabanckou est auteur de six recueils de poésie, douze romans, cinq essais, deux anthologies, deux livres jeunesse et deux discographies avec le groupe musical Black Bazar. Il a remporté près de vingt prix littéraires dont : prix de la société des poètes français en 1995, grand prix littéraire d’Afrique noire en 1999, en 2005 prix du roman ouest-France, prix des cinq continents de la francophonie et prix RFO du livre. Finaliste en 2015 du Man Booker International Prize et du Premio Strega Europeo. On peut citer aussi le prix créateurs sans frontières(2007), prix Franco-Israélien Raymond Wallier(2009), prix Georges Brassens(2010), lauréat du Liste Goncourt le choix polonais en 2015, grand prix littéraire Henri Gal prince en 2013 par la principauté de Monaco. Il est chevalier de légion d’honneur en 2010. En 2016 il est nommé officier des Arts et des Lettres.

En 2012, l’ensemble de son œuvre littéraire a été couronnée par l’Académie française. N’oublions pas qu’en 2013, il a organisé avec Michel le Bris le premier festival littéraire « Etonnants voyageurs » à Brazzaville. Ces ouvrages sont publiés par les plus grands éditeurs parisiens et traduit dans plusieurs langues à travers le monde.
Dans son œuvre littéraire, le petit garçon de Pointe-Noire qui vit entre trois continents ; l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, évoque l’Afrique, mais surtout son Congo d’amour, sa culture, ses croyances, ses traditions, bref la civilisation bantoue. Comment cet amoureux de son pays natal, peut-il être traité de la manière la plus infâme par des individus dont le seul mérite est d’avoir été fabriqué par la volonté d’un pouvoir autocratique ? Qui mieux que Mabanckou peut être l’un des ambassadeurs les plus prestigieux du Congo dans le monde ?

Qui a fait allégeance avec le colonisateur ? Qui a vendu son âme ? Qui a trahi le Congo ?
Toute la planète sait qu’en octobre 1997, Denis Sassou-Nguesso est revenu au pouvoir au terme d’une guerre civile fratricide qui a fait plus de 40.000 morts. Ce coup d’état a été rendu possible grâce au soutient du président Jacques Chirac, au financement de la compagnie ELF, à l’aide du Gabon, de l’armée angolaise, de l’armée tchadienne et des rebus de l’armée du maréchal Mobutu déchu et de soldats rwandais impliqués dans le génocide de 1994.

Qui a érigé à coup de milliards sur les rives du fleuve Congo, au cœur de la capitale, un imposant mémorial à la gloire de Pierre Savorgnan de Brazza, qui a ouvert le Congo à l’occupation française ? Une colonisation qui s’est imposée par les massacres de nos ancêtres : impôts de capitation, emprisonnements, déportations, code de l’indigénat et travaux forcés jusqu’en 1946, alors que les accords de Genève du 23 avril 1938 avaient interdit toutes formes de travaux forcés.

Le Congo notre pays, a connu des royaumes et des souverains prestigieux. Le royaume du Kongo le plus grand Etat de la région s’épanouit de part et d’autre de l’embouchure du fleuve Congo, avec pour capitale Mbanza-Kongo. Le royaume Téké où le 3 octobre 1880 à Mbé capitale du royaume, le roi Makoko Illoy 1er qui jouissait de l’autorité religieuse et du prestige des Batékés dans les deux Congo et au Gabon, conclut avec Pierre Savorgnan de Brazza un traité au terme duquel il plaça son royaume sous la protection de la France. Le royaume de Loango était un Etat opulent qui s’étendait le long de la côte Atlantique des deux Congo, du Gabon et du Cabinda. Sa capitale Louango était le centre culturel des peuples Vili. Pourquoi nos ancêtres n’ont-ils pas été honorés ?

Depuis 1997, le Congo-Brazzaville est le prototype des réseaux mafieux de la Françafrique. Un pays riche en pétrole, mais 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les infrastructures sanitaires et éducatives sont délabrées ou inexistantes. L’usage du pouvoir s’exerce à des fins privées. Les dirigeants et les élites s’enrichissent ostensiblement. Profitant de son admission à l’initiative PPTE en 2010 et l’effacement de sa dette, le gouvernement Sassou-Nguesso s’est lancé dans des investissements et des grands travaux, qui ont à nouveau plongé le pays dans un endettement suicidaire. Le Congo va se retrouver à nouveau en cessation de paiement. En s’acharnant sur Alain Mabanckou, le pouvoir veut persécuter les esprits et les leaders éclairés.
A l’attention de ces gouvernants amnésiques, illégitimes, qui n’ont pas obtenu l’onction majoritaire lors des scrutins référendaire et présidentiel, nous conseillons ces paroles de sagesse provenant des grands esprits de notre monde Nelson Mandela et le Mahatma Gandhi :

Appolinaire NGOLONGOLO
Appolinaire NGOLONGOLO
« On juge la grandeur d’un Etat par le respect et l’application des lois ». « Avant de vouloir le changement, changez vous-mêmes d’abord ». « Dès que quelqu’un comprend, qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir ». « Nous devons nous rappeler que notre première tache est d’éradiquer la pauvreté et d’assurer une meilleure vie à tous ».

Nous sommes convaincus, qu’au terme de ce pouvoir désavoué, le peuple congolais se souviendra, non seulement des autocrates, mais aussi du silence de ses amis.

Dans sa démarche, Alain Mabanckou semble s’accorder avec ces paroles de Martin Luther King : « Une injustice commise quelque part, est une menace pour la justice dans le monde entier ».

Appolinaire NGOLONGOLO
Journaliste diplômé de L’INA de Paris.
Auteur, écrivain.
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