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Le Mokokomania : prélude d'une insurrection attendue


Par | Vendredi 12 Février 2016 | Lu 1019 fois | 0 Commentaire

Brazzaville, (Starducongo.com) - En République du Congo, chaque jour qui nous rapproche de l'élection présidentielle prévue le 20 mars 2016, à son lot de nouvelles candidatures, lesquelles, bien souvent,passent inaperçues au regard de l'opinion internationale.



Maître Brice NZAMBA
Maître Brice NZAMBA
Pourtant, il n'en a pas été ainsi, et c'est le moins qu'on puisse dire, de l'annonce de la candidature du Général Jean Marie Michel MOKOKO, et surtout de son retour remarqué à Brazzaville.

L'onde de choc provoquée par sa candidature dans les médias internationaux, les réseaux sociaux, et même au sein de l'opinion congolaise, contraste pourtant avec la popularité effective à laquelle celui-ci pourrait prétendre auprès d'une population congolaise fortement divisée politiquement, d'abord en Nord-Sud, puis dans le Sud en Pool-Grand Niari, et dans le Nord en termes de Tribus ( Makoua-Mbochi ; Mbochi-Téké ; etc).

Or, il est une loi issue de l'observation de la sociologie politique congolaise, qui semble, à l'état actuel du niveau de conscience politique de ce pays, inclinée à un déterminisme du vote par l'appartenance tribale, et en vertu de laquelle, tout observateur de la vie politique congolaise, pourrait dire sans risque de se tromper, que le général Jean Marie Michel MOKOKO n'a aucune chance, dans les conditions actuelles de la gouvernance électorale, et même à supposer que cette élection fusse libre et transparente, d'être élu Président de la République du Congo.

Il n'est donc pas raisonnable et objectif de rechercher la cause de l'onde de choc provoquée par la candidature de Jean Marie Michel MOKOKO, la cause de la soudaine ferveur imbibée d'une espérance crédible à la possible chute de Denis SASSOU NGUESSO, à la perspective d'un triomphe électoral de celui-ci.

Ça n'est donc pas une possible prouesse électorale de Jean Marie Michel MOKOKO qui suscite tant l'enthousiasme des congolais et de l'opinion internationale, mais c'est plutôt au courage éventuel qu'on lui prête, et qu'il pourrait faire montre pendant ou après l'élection présidentielle, à l'occasion de la contestation de la transparence de ce scrutin, que doit être rechercher la source du MOKOKOMANIA actuel.

Ce MOKOKOMANIA se nourrit d'une histoire, car le général Jean Marie Michel MOKOKO a su par le passé faire preuve de courage pour drainer à sa suite un certain nombre d'officiers issus du Nord de la République du Congo pour mettre en minorité Denis Sassou Nguesso au sein de l'armée, et sécuriser la réussite de la conférence nationale souveraine en 1992, prélude de la chute du dictateur à cette époque.
Il s'est par la suite impliqué avec force et vigueur pour sommer les leaders politiques congolais, rassemblés au Palais des Congrès, à l'issue de la crise liée à l'interprétation de l'article 75 de la constitution du 15 mars 1992, à trouver une solution apaisée à leurs différends.

Aussi, dans l'imaginaire collectif congolais issu de la conférence nationale souveraine, le général Jean Marie Michel MOKOKO est associé à une certaine idée de la loyauté que tout officier supérieur devrait avoir vis-à-vis des institutions républicaines, se situant de ce fait, au-delà des allégeances tribales.
Le général Jean Marie Michel MOKOKO est donc en quelque sorte l'Anti SASSOU, le double vertueux de ce dernier, celui-là même dont le charisme républicain au sein de l'armée fortement tribalisée, annonce le sursaut républicain de cette institution, prélude à la chute du régime.

C'est ici que se trouvent les ressorts du MOKOKOMANIA actuel,lequel réside dans l'espérance des congolais, non pas de voir le général Jean Marie Michel MOKOKO gagné l'élection présidentielle prochaine, mais plutôt de le voir cristalliser et fédérer la contestation qui va en découler, en usant de son influence au sein de l'armée comme jadis, pour isoler Denis SASSOU NGUESSO, et le faire déborder par une contestation populaire insurrectionnelle, afin d'inciter la communauté internationale à exiger une transition en République du Congo.
Il y'a donc plusieurs candidats à l'élection présidentielle du 20 mars 2016, chacun représentant son fief tribal, sans susciter de véritable espoir aux congolais, car ces derniers savent bien que le régime en place n'organise pas cette élection pour la perdre, mais la vraie espérance des congolais réside en l'émergence
d'un homme suffisamment courageux et outillé pour prendre Denis SASSOU NGUESSO à son propre jeu, en cristallisant la contestation, et en organisant l'insurrection.
Il se trouve, que le général Jean Marie Michel MOKOKO en entrant en scène politiquement, incarne cette espérance de fédérer les contestations à venir, tout en suscitant un sursaut républicain des officiers loyaux jusqu'alors orphelins d'un véritable chef.
Le MOKOKOMANIA annonce et espère une insurrection portée par un général qui dispose à son actif des faits d'armes au service des institutions de la République, et qui ce faisant, bénéficie de la confiance de la communauté internationale.

Toutefois, des questions demeurent.

Le général Jean Marie Michel MOKOKO dispose-t-il encore des amis influents au sein de l'armée congolaise, après le passage du tsunami de la tribalisation de cette dernière ? Quelle
marge de manœuvre dispose-t-il pour fédérer efficacement les contestations à venir et faire face à l'armada sécuritaire du régime en place ?

En tout cas, le régime en place semble avoir pris la mesure de la menace, et semble être prêt à
neutraliser toute initiative, de quelque nature, venant du Général Jean Marie Michel MOKOKO, et c'est ce qu'il a souhaité lui faire comprendre, lors de son retour à Brazzaville.

Maître Brice NZAMBA
Blog de l'auteur Bricenzamba.com

À propos de l'auteur:

Maître Brice NZAMBA est diplômé en Droit, Avocat au Barreau de Paris et auteur d'un livre « De l'Ethnie à l'Etat-Nation, pouvoirs traditionnels et pouvoir politique au Congo-Brazzaville ». Il dirige le Cercle de réflexion « LA RUPTURE », dont l'objet principal est de servir de vecteur de réflexion, de prospection, et d'anticipation sur des thématiques panafricaines, et internationales. Maître Brice NZAMBA est aussi analyste politique sur des médias panafricains comme Africa24 et Africa n°1.
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